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Pratiques de l’écriture et matérialité des connaissances

Coordinateurs : Béatrice Fraenkel, Bertrand Müller

L’orientation générale de l’axe concerne l’étude matérielle et scripturaire des pratiques intellectuelles, savantes, sociales, artistiques (inscriptions, documents, archives, iconographie) à partir de l’observation des situations au cours desquelles ces productions sont crées, consignées, diffusées, normalisées, utilisées et stockées. Ce style d’études est appliqué par les membres de l’axe à tous les domaines de la vie sociale : vie quotidienne, activités domestiques, éducation, métiers et professions, productions savantes et culturelles.

ENJEUX ET CARACTÉRISTIQUES

L’importance scientifique des travaux sur l’écrit et les pratiques d’écriture n’a cessé de s’affirmer au cours de ces dernières années comme un domaine propre de recherche qui en irrigue également d’autres connexes touchant aux sciences sociales et à toutes formes de connaissances.

En proposant un axe transversal, fédérant approches sociologiques, anthropologiques et historiques des pratiques de l’écrit et des formes matérielles des connaissances savantes ou profanes, notre ambition est de faire du Centre Maurice Halbwachs un lieu de référence dans ce domaine, au sein de nos tutelles.

Nous portons donc ici une attention particulière aux conditions matérielles de fabrication et circulation des connaissances, aux modalités de leur inscription, de leur mise en forme, ou encore celles de leur transmission : enregistrement, collecte, classification et conservation.

Plusieurs principes de base caractérisent les recherches des membres de l’axe :

1. Ethnographier les pratiques d’écriture à partir de l’observation des situations. Cette approche est fondatrice car elle a fait apparaître la diversité des usages de l’écriture au sein même des activités sociales : l’écriture bureaucratique du gouvernement à distance, l’écriture comme support cognitif de la production du savoir, l’écriture de la mémoire contractuelle, l’écriture comme objectivation des normes de conduite de vie (manuel d’enseignement ménager, affiches d’éducation sanitaire, etc.), l’écriture de la construction intime du moi.

2. Etablir la dimension historique des pratiques et des artefacts. Notre démarche repose sur une prise en compte de l’évolution dans le temps des pratiques attachées à l’écrit dans toutes ses dimensions. L’histoire du livre à partir des travaux de l’école française s’est intéressée à l’histoire économique, sociale et culturelle de l’imprimé et de la lecture, établissant des passerelles avec le manuscrit mais peu avec les archives et privilégiant le Moyen Age et l’époque moderne aux dépens de la période contemporaine, qui demeure largement à explorer, ne serait-ce que pour caractériser avec exactitude l’ère numérique dans le prolongement de ce qui précède. De même les anthropologues s’intéressant aux pratiques d’écriture ont développé des comparaisons dans l’espace sans toujours bien les situer dans l’histoire des pratiques.

3. Accorder à la matérialité des écrits une place centrale. L’analyse du rôle des supports, des formes graphiques, de l’organisation des documents et des archives dans la production et la circulation des connaissances relève pour nous d’une exigence fondamentale. Face à une propension encore trop répandue (et que l’idéologie accompagnant le déploiement du numérique tend à renforcer) à réduire l’écrit au texte, et le texte à l’information, nous traitons les documents (tels les dossiers, fichiers, cartes, actes officiels, correspondances, revues, affiches, cartels, questionnaires)­ – qu’ils soient manuscrits, imprimés, photographiques, numériques – selon leurs modalités plurielles (notamment écrit/image) et leurs articulations multiples : chaînes d’écriture, circuits de classement et de conservation, protocoles de validation et d’authentification, procédures de transferts, réemplois et détournements, production de normes, modalités d’exposition ou de portage, réseaux de diffusion.

4. Analyser les pratiques d’enregistrement, de collecte, de classification, de normalisation. Etudier l’écrit sous ses différentes formes permet d’interroger à nouveaux frais les opérations, les pratiques et les gestes d’enregistrement, mais aussi d’accumulation qui caractérisent les usages sociaux des documents et qui sont également constitutifs de la vie sociale.

5. Analyser la circulation des écrits L’analyse de la circulation des écrits dépasse le parcours d’une chaîne graphique ou éditoriale. Il s’agit aussi de capter les actions et relations qui se déploient autour des objets graphiques, qui deviennent alors des agents de l’action à part entière. Il en va de même pour l’archivage et la conservation qui commencent à faire l’objet d’enquêtes, ainsi que la mise en exposition. Il s’agit d’étudier la circulation de l’écrit dans une perspective comparative, associant différentes pratiques liées à l’écrit : éditoriales, documentaires, archivistiques et muséographiques.

En ayant recours à l’ensemble des disciplines des sciences sociales (histoire, anthropologie, sociologie), il devient possible de dégager des objets d’analyse précis sur l’écrit tout en prenant en compte d’un même mouvement leur dimension sociale et leur dimension historique : organisation du travail intellectuel et activité de publication (Tesnière), calcul et prévision économique (Brian), signature et performativité de l’écrit (Fraenkel), écritures économiques (Fontaine et Weber), pratiques littéraires et scientifiques (Bustarret, Brian, Tesnière), pratiques d’enregistrement, de conservation, de collecte, (Müller, de l’Estoile, Lhuissier, Depecker), évolution sociale et économique des pratiques et « métiers » de l’écrit avec le Web (Tesnière, Brian, Fraenkel, Müller).